Apprendre la photo

Réussiriez-vous l’épreuve technique du Bac Pro photo ?

⏱ 8 min de lecture · Pratique · Par Bastien Plu

Chaque année, les candidats au Bac Pro Photographie planchent 4 heures sur l’épreuve U21 : l’étude technique d’une production photographique. On leur remet le cahier des charges d’un client réel (un défilé de mode en 2018, une brochure culinaire en 2019, une collection de vêtements en 2020, la construction d’une médiathèque en 2023) et une pile de questions techniques. En voici 16, tirées de ces vrais sujets d’examen. Prenez une feuille : les réponses suivent chaque question, mais jouez le jeu.

Question 1 : le capteur de ce boîtier est un « full frame ». Expliquez ce terme.

Sujet 2023, question d’ouverture. Un capteur « full frame » (plein format) mesure 24 x 36 mm, soit exactement la taille d’un négatif de pellicule argentique 135. C’est la référence historique : toutes les autres tailles de capteurs (APS-C, micro 4/3) se définissent par rapport à elle. Plus le capteur est grand, plus ses cellules reçoivent de lumière.

Question 2 : calculez le poids d’un fichier RAW.

La question qui fait transpirer les candidats. La méthode : multipliez le nombre de pixels du capteur par la profondeur de codage (en bits), puis divisez par 8 pour obtenir des octets. Exemple avec un capteur de 45,7 millions de pixels en RAW 14 bits : 45 700 000 × 14 ÷ 8 ≈ 80 Mo. Vous comprenez maintenant pourquoi vos cartes mémoire se remplissent si vite.

Question 3 : calculez la définition du capteur en mégapixels.

Sujet 2018, et c’est la plus simple des multiplications : nombre de pixels en largeur × nombre de pixels en hauteur. Un capteur de 8 256 x 5 504 pixels donne 45 440 000 pixels, soit environ 45,4 Mpx. Ce chiffre que le marketing met en avant n’est donc que la surface de l’image en pixels, rien de plus.

Question 4 : expliquez les termes « RAW : 14 bits ».

Sujet 2020. Le RAW est le fichier brut du capteur, sans traitement ni compression destructive. Les « 14 bits » indiquent la finesse du codage : 2 puissance 14, soit 16 384 nuances par couleur, contre seulement 256 pour un JPEG en 8 bits. Voilà pourquoi un RAW pardonne les erreurs d’exposition que le JPEG ne pardonne pas : il y a 64 fois plus d’information à récupérer.

Question 5 : que devient un 50 mm sur un capteur APS-C ?

Le fameux facteur de recadrage, présent dans presque tous les sujets. Un capteur APS-C étant plus petit que le plein format, il « recadre » l’image : la focale équivalente se calcule en multipliant par 1,5. Un 50 mm cadre donc comme un 75 mm. Pratique pour les téléobjectifs, pénalisant pour les grands-angles.

Question 6 : quel objectif sélectionner pour cette prise de vue ? Justifiez.

Sujet 2020, et il n’y a pas de bonne réponse absolue : le jury attend un raisonnement. Trois critères à croiser : le sujet (un portrait appelle un 85 mm flatteur, une architecture un grand-angle), la distance disponible, et le rendu recherché (compression du téléobjectif ou profondeur du grand-angle). Le bon objectif est celui que vous savez justifier.

Question 7 : « exempt de toute déformation de perspective ». Quelles solutions ?

Question posée en 2018 comme en 2023, en deux temps. À la prise de vue : garder l’appareil parfaitement horizontal (dos parallèle au bâtiment), quitte à cadrer plus large, ou utiliser un objectif à décentrement. En post-production : redresser les verticales avec l’outil perspective de Lightroom ou Photoshop. C’est le quotidien de la photographie d’architecture et d’immobilier.

Question 8 : qu’est-ce que la vitesse de synchro flash ?

Sujet 2020. C’est la vitesse d’obturation maximale à laquelle le capteur est encore entièrement découvert au moment de l’éclair, généralement 1/200 ou 1/250 s. Au-delà, le rideau de l’obturateur masque une partie de l’image : bande noire garantie sur la photo. Pour dépasser cette limite, il faut un mode spécial (synchro haute vitesse) ou un obturateur électronique central.

Question 9 : une lumière douce est demandée. Quels modeleurs utiliser ?

Sujet 2020. Réponse attendue : boîte à lumière, octabox ou parapluie diffusant. Mais la vraie notion derrière la question, c’est que la douceur d’une lumière dépend de la taille de la source par rapport au sujet : plus la source est grande et proche, plus les ombres sont douces. C’est pour cela qu’une fenêtre entière éclaire plus doucement qu’une ampoule nue.

Question 10 : photographier des lunettes de soleil. Difficultés et solutions ?

Le packshot piège du sujet 2020 : un objet à la fois transparent et réfléchissant. Difficultés : les reflets parasites (le photographe et le studio se voient dans les verres) et la transparence qui disparaît sur fond uni. Solutions : éclairer en lumière indirecte et diffuse, travailler les reflets avec des cartons noirs et blancs, utiliser un fond lumineux en dégradé pour révéler la transparence. Le packshot d’objets brillants est l’un des exercices les plus techniques du métier.

Question 11 : quelle température de couleur choisir ? Justifiez.

Sujet 2020. La température de couleur se mesure en kelvins : 3 200 K pour une lumière tungstène orangée, 5 500 K pour le flash et la lumière du jour, plus de 7 000 K pour un ciel couvert bleuté. La règle : accorder le réglage du boîtier à la source dominante, et surtout ne pas mélanger des sources de températures différentes sans le décider. Une dominante orange sur un visage n’est pas un style, c’est un oubli.

Question 12 : pourquoi est-il important d’étalonner un écran ?

Parce que sans étalonnage, chaque écran affiche les couleurs à sa façon : votre photo « parfaite » à l’écran peut sortir terne ou orangée à l’impression. L’outil qui réalise cet étalonnage s’appelle une sonde de calibration (c’était la question suivante de l’examen). Si vous imprimez vos photos, c’est le premier investissement à faire après l’appareil.

Question 13 : quel fichier livrer pour le web, l’imprimeur, une exposition ?

Sujet 2018, et c’est du pur métier. Pour le web : JPEG en sRGB, résolution modérée, léger à charger. Pour l’imprimeur : fichier haute définition à 300 dpi, dans le profil colorimétrique demandé. Pour une exposition : le fichier le plus riche possible (TIFF haute définition), car on ne connaît pas encore la taille finale des tirages. Un même shooting, trois livrables différents : c’est ça, une production photographique.

Question 14 : pourquoi les repérages sont-ils indispensables ?

Sujet 2020. Repérer le lieu avant le jour J, c’est anticiper la lumière (orientation, heures favorables), les contraintes techniques (prises électriques, espace disponible), les angles de prise de vue et les autorisations nécessaires. Le repérage transforme les mauvaises surprises en décisions. Sur mes reportages en entreprise, c’est souvent lui qui fait la différence entre une journée fluide et une journée subie.

Question 15 : quelle démarche officielle avant de photographier dans un lieu public ?

Sujet 2020. Une prise de vue professionnelle sur la voie publique (avec installation de matériel, mannequins, équipe) nécessite une autorisation préalable de la mairie ou de la préfecture. S’y ajoutent les autorisations des personnes photographiées et, parfois, celles des bâtiments protégés. La photo professionnelle ne s’improvise pas juridiquement : j’en parle en détail dans mon article sur le droit à l’image.

Question 16 : chiffrez la commande, budget TTC compris.

La dernière partie de chaque sujet, et la plus révélatrice : compter le nombre exact de photos à livrer d’après le cahier des charges, calculer le coût des tirages, de la brochure, de l’affiche, appliquer la TVA. L’examen le dit clairement : un photographe professionnel est aussi un gestionnaire. Savoir chiffrer, c’est savoir durer.

Le conseil du proCe que révèlent ces sujets d’examen : un photographe professionnel passe autant de temps à calculer, préparer et organiser qu’à déclencher. Résolution, poids des fichiers, choix des optiques, autorisations, devis : chaque image livrée à un client repose sur cette technique invisible. C’est elle qui différencie une prestation professionnelle d’une belle photo occasionnelle.

À retenir

  • Full frame = capteur 24 x 36 mm, la référence héritée de l’argentique.
  • Poids d’un RAW : pixels × profondeur en bits ÷ 8 ; définition : largeur × hauteur.
  • RAW 14 bits = 16 384 nuances par couleur, contre 256 en JPEG.
  • La douceur d’une lumière dépend de la taille de la source par rapport au sujet.
  • Un livrable par usage : web, impression et exposition n’ont pas les mêmes exigences.
  • Repérages, autorisations, chiffrage : la technique invisible fait le professionnel.

Vous avez séché sur certaines questions ? C’est normal, et ça se travaille : commencez par le triangle d’exposition et les objectifs et focales. Et pour progresser avec un formateur diplômé de cette formation, réservez un cours photo au Mans : on refait ces exercices ensemble, appareil en main.

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